Alors que je lisais, Axel mon petit dernier, qui rentre en 4éme en même temps que dans l’âge idiot mais qui réussit mieux la deuxième partie, vient dernièrement s’asseoir à côté de moi et me regardant dans les yeux, me pose cette question terrible que tout père redoute d’entendre un jour :

– « Dis Papa, pourquoi tu t’es marié avec Maman ?».

Ca, c’est du Axel raide….

Je pose mon livre.

– « Ah ! Toi aussi, tu te poses la question ? Tout d’abord, je ne me suis pas marié avec ta mère, mais contre ta mère. Tout contre même ».

Il rigole. « Arrêtes de plaisanter et dis-moi ! ».

– « Tes 2 frères m’ont déjà interrogé à ce sujet, ce qui tend à prouver que cela en intrigue d’autres que nous. Ceci dit, à l’époque, je n’avais pas su quoi leur répondre. Aujourd’hui, c’est un peu plus clair. Mais c’est une discussion d’hommes, tu n’iras pas le répéter à ta mère ? ».

– « C’est promis ! » me dit-il avec un air de conspirateur.

– « Bon. Je pourrais te dire que je l’ai choisi parce elle était jolie, la plus jolie en fait, que c’était le bon moment, que j’avais un peu trop bu ou encore qu’elle était la seule fille potable à 10 lieues à la ronde ! Il y a un peu de vrai dans tout ça, mais la vérité, c’est qu’aujourd’hui encore, je n’en sais rien ! ».

Il ouvre de grands yeux scandalisés.

– « Quoi ? Tu as vécu 30 ans avec maman et tu ne sais pas pourquoi ?».

– « Si ! Ca je le sais. Mais si ta question est : pourquoi me suis-je marié avec ta mère, c’est ma réponse ».

– « J’ comprends rien ! Tu t’es marié sans savoir ce que tu faisais ? ».

– « Si on savait ce qu’on faisait, on ne se marierait pas ! ».

– « Tu recommences ! Mais si on se marie, comment on sait que c’est la bonne ? ».

– « Tu n’as qu’à choisir une femme de ménage, ça sera la bonne ! ».

– « Arrêtes Papa ! Ce que je veux que tu me dises, c’est que quand ça m’arrivera, comment je saurais laquelle choisir ? ».

En dehors des fautes de syntaxe, la question est pertinente.

– « Vaste programme ! Le plus facile, c’est que tu subisses le célèbre ‘’coup de foudre’’ ».

– « Quel célèbre coup de foudre ? ».

– « Tu sais bien ! Le moment où, à la vue d’une fille, un homme a des yeux de hibou, la bouche ouverte, les jambes molles (ou le contraire) et se met à transpirer ou à bégayer quand ce n’est pas les deux à la fois. Il a de plus l’air totalement ridicule, mais il s’en fout. C’est elle la femme de sa vie ! Personnellement, j’ai 2 ou 3 ‘’coups de foudre’’ par semaine, mais bizarrement, je suis toujours le seul à être foudroyé ! Quelque part, je dois me fourvoyer……»

Mon fils me regarde en secouant la tête d’un air navré.

– « On ne peut pas parler sérieusement avec toi. Et si je n’ai pas de coup de foudre ? ».

– « Il existe aussi le ‘’coup de bol ’’……..».

– « C’est quoi le coup de bol ? ».

– « C’est un truc qui n’arrive jamais ! Genre vacances à côté d’une colonie de suédoises, invitation à un cocktail de mannequins ou bien casting avec une star, enfin toutes ces choses qui reste le plus souvent à l’état de fantasmes ».

– « Et c’est quoi ça encore un fantasme ? ».

Aie ! Il m’a repris de volée.

– « Heu.…. Le mot fantasme vient de fantôme (et pourquoi pas ?). Tu l’imagines, tu crois le voir, il te met dans un drôle d’état et en fait, il n’existe pas. Tu comprends ? ».

– « Rien du tout ! Mais c’est un peu comme quand Maman essaye de faire la cuisine ? ».

Si ce n’était aussi le fils de ma femme, je dirais que ce gosse est un génie. Mais un génie obstiné.

– « Bon ! Et si je n’ai pas non plus de ’’coup de bol ’’ ? ».

Je tente traîtreusement une diversion : « Ce n’est pas l’heure de goûter ? ».

– « Si, mais j’irais quand tu m’auras répondu ».

Raté ! D’habitude, quand on s’adresse à leur estomac, mes enfants deviennent brutalement sourds à tout le reste, mais celui-là tient à sa réponse.

– « Bien. Il te reste alors deux solutions :

Ou tu lis tous les bouquins écrits sur le sujet et tu tentes d’appliquer les recettes qui y sont consignées. C’est un sacré boulot, car d’une façon ou d’une autre, tous les livres parlent d’amour et moins les auteurs connaissent le sujet, plus ils écrivent.

Ou bien, tu fais comme tout le monde. Tu tombes amoureux tout simplement, sans préméditation ni calcul, et tu tentes de contrôler une situation qui, dans le meilleur des cas t’échappe et le plus souvent se dégrade. Dans les deux cas, que tu choisisses l’une ou l’autre de ces solutions, tu te trompes ».

Il explose. « C’est nul ce que tu me racontes ! Je n’ai pas envie que ça se passe comme ça. »

– « Tu sais, en général il y a deux choses qui vont toujours ensembles : les envies et les ennuis. Quand les premières arrivent, les autres suivent immédiatement ! ».

– « J’ veux pas d’ennuis, mais ça veut dire que c’est le hasard qui va décider pour moi ? C’est n’importe quoi, l’amour ! ».

– « Voilà une définition qui en vaut une autre. Mais le hasard, s’il fait quelquefois bien les choses, ne décidera pas à ta place. Tu vas te tromper et t’interroger jusqu’au jour où, si tu as de la chance, l’évidence s’imposera à toi. Ce jour-là, tu ne te poseras plus de question : elle sera là et avec elle, ça sera ‘’à la vie, à l’amour’’. A partir de cet instant, elle t’aura condamné à perpétuité et tu n’existeras plus que dans son ombre. Tu seras suspendu à son sourire ou un battement de ses cils, le bruit de son pas fera battre ton cœur et tu frissonneras quand sa main se posera sur ton bras. Tu t’endormiras avec son parfum et tu te réveilleras dans son odeur. Tu découvriras le monde à travers ses yeux et ce monde sera différent de celui que tu connaissais jusque là. Toi qui hier encore le façonnais à ton image, tu adopteras ses idées ce qui fera sourire tes parents et provoquera les quolibets de tes amis. Tu te rendras ridicule pour la faire rire et ce rire sera la plus belle de tes récompenses. Tu te disputeras avec elle pour des choses qui te paraîtront idiotes le lendemain et qui le sont probablement. Elle te fera faire des choses inattendues dans des endroits inattendus et cela te plaira. Bien sûr, tu continueras à regarder les autres filles, mais tu ne les verras plus et au fond tout cela n’aura aucune importance, car tout ce que tu accompliras n’en vaudra la peine que si tu le partages avec elle. Le mot ‘’ensemble’’ deviendra ton credo et là ou tu disais ‘‘je’’, tu penseras ‘‘nous’’. Ta vie aura changé et tu ne voudras pas y croire, mais dans la vie, tout finit un jour par devenir vrai ».

Après quelques secondes de silence, mon fils referme la bouche et m’envoie une bourrade.

– « Waouh !!! Même si j’sais pas ce que c’est qu’un credo ou des quolimachins et que j’crois pas tout ce que tu m’as dit, ça parait cool ! Et c’était comme ça avec Maman ? » me demande-t-il d’un air innocent.

Je souris. « C’est toujours comme ça, même s’il y a de foutus quarts d’heure ! Le temps passe, on se fane, on se plisse, mais ensemble. Avec les années, la tendresse s’ajoute à l’amour et la connivence à la tendresse. On devient mari, père et des fois grand-père ».

Cette perspective n’a pas l’air de lui plaire car il fronce les sourcils.

– « Rassure-toi, ce n’est pas grave d’être grand-père. Ce qui est ennuyeux, c’est de coucher avec une grand-mère ! ». Cela le fait rire. Il est bien le seul !

– « Alors, c’est ça l’amour ? »

– « Je ne sais pas, mais c’est ce qui s’en rapproche le plus. Chacun a sa définition et pour moi, cela ressemble à une bulle de savon : un univers éphémère que l’on crée à deux, dont l’unique raison d’être est d’embellir le reste du monde et qui disparaît avec nous. Cette magie-là, on doit la préserver et la transmettre à nos enfants. Mais c’est aussi un tas d’autres choses que je te laisse la joie de découvrir toi-même. »

– « Eh ben ! T’es rarement sérieux, mais là, t’as fais fort ! ».

Je ne sais pas si je dois prendre ça comme un compliment, mais mon fils étant particulièrement avare de ce genre de locution, je décide que oui.

Il reprend avec une lueur amusée dans le regard :

– « Et tu lui as dit tout ça à Maman ? ».

– « Tu es fou ! La plupart des hommes le pensent, mais se feraient découper en rondelles plutôt que de l’avouer! Les femmes croient vivre des idylles, mais dans idylle, il y a ‘’deal’’ qui signifie ‘’arrangement’’. Il ne faut surtout pas les détromper. Et tu as promis de ne rien dire! »

– « Juré ! ». Il fronce les sourcils, l’air inquiet : « Mais c’est un peu compliqué de devenir grand…..Tu crois que ça sera pareil pour moi ? ».

– « Mon petit chéri, tu n’as rien à craindre. Avec ta mère, j’ai hérité du dernier spécimen vivant de cette espèce et le moule est cassé ! C’est comme dans Terminator, la prochaine série sera certainement plus réussie ! ».

Du coup, il retrouve ces repères. L’air soulagé, il hausse les épaules et se met à rire :

– « J’savais que c’était bidon ton histoire de coup de foudre et de bulle. Ca peut pas se passer comme ça, sinon ça serait trop compliqué ! Dans Terminator, les hommes ont des pouvoirs spéciaux qui leur permettent de diriger les femmes. Peut-être que quand j’serais grand, ça sera comme ça ? » lance-t-il avant de déguerpir.

Je tente une dernière pique : « Quand tu seras grand, je préférerais que tu sois un plus fort en grammaire ! ». Mais il est déjà loin et elle tombe dans le vide.

Nous nageons en pleine science-fiction, lui comme moi. Il croit qu’il réussira à diriger une femme et je pense que nos enfants écriront le français correctement. Tout cela est du domaine du rêve. Mais l’avenir n’appartient-il pas à ceux qui rêvent ?

Je crois que je vais aller revoir Terminator……

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