On a tous un premier amour. Qui disparaît un jour en emportant un bout de notre cœur et nous pensons que nous ne nous en remettrons jamais. On s’en remet, même si, enfouie quelque part au fond de nous, reste la question sans réponse: <<Et si…?>>

La première fois, j’ai tout de suite vu que cette fille m’avait dans le nez. Normal! Ce jour là, je m’étais levé du pied gauche à la suite d’une soirée où les bouteilles étaient passées de mains en mains et j’avais du mal à mettre un pied devant l’autre. J’avais été invité à une ‘’party’’ parisienne par un copain de bahut et je m’attendais à un pince-fesse bourgeois plutôt coincé. Mais je n’avais rien à faire de mon dimanche après-midi, alors…….

J’étais à pied d’œuvre depuis dix minutes quand elle est arrivée. Malgré le temps passé, ma mémoire n’a pas oublié la silhouette que je voyais de dos. Une allure longiligne, une crinière blonde jusqu’au milieu du dos, un chemisier blanc légèrement transparent au col relevé, une minijupe rouge qui allongeait encore des jambes qui n’en avaient pas besoin et des ballerines. Un style classique, un peu trop classique même pour Juin 68.

Quand elle s’est retournée, nous nous sommes retrouvés nez à nez et j’ai pris en pleine figure deux yeux bleus, un nez mutin et une bouche très fine un peu crispée. Au premier coup d’œil, j’étais subjugué. Au second, j’étais amoureux. Je devais avoir l’air passablement idiot car sa bouche s’est décrispée dans un sourire narquois, ses yeux sont devenus interrogateurs et là, défiant tous les pronostics que je n’avais pas eu le temps de faire, elle m’a adressé la parole! Croyez-moi, on ne fait pas des choses comme ça à un provincial même si celui-ci a participé aux barricades et à la prise de l’Odéon un mois auparavant. Je n’avais pas tremblé sur les barricades, j’ai perdu pied devant ce sourire. Il a été vaguement question d’un copain, d’un disque ou de quelque chose d’approchant. J’ai bafouillé une réponse superbement inintelligible, son sourire s’est effacé et elle m’a tourné le dos. Désespéré mais ne voulant pas perdre la face, j’ai joué l’indifférent tout en la gardant à l’œil quand même. Apparemment, pas de boy-friend, ni de copine ‘’poisson pilote’’ à l’horizon. Vous avez sans doute remarqué que toute jolie fille remorque derrière elle une copine, laide, souvent grosse et toujours mal fagotée. Cette association improbable a une fonction bien précise: la laideur de la seconde met en valeur la beauté de la première et la beauté de la première permet à la seconde de faire des rencontres totalement inaccessibles à son physique.
A première vue, rien de tout cela ici. Inexplicablement, cette jolie blonde était venue seule. Mon instinct aurait du m’avertir, mais l’occasion était trop belle. Elle m’avait tapé dans l’œil et je n’allais pas rester les mains dans les poches comme un pied-plat. J’ai passé le reste de la soirée à essayer diverses techniques longuement éprouvées sur les champs de bataille de la drague parisienne et je me suis cassé le nez. J’aurais pu -ou dû- être aimable, mais pour garder la main, je lui ai cassé les pieds. C’est vrai, je n’y ai pas été de main morte et je méritais bien un coup de pied aux fesses, mais que voulez-vous? J’avais un peu perdu la tête et habituellement, ces techniques donnaient de bons résultats. Quant à prendre mon pied en lui mettant la main aux fesses, l’idée était plaisante, mais j’aurais certainement une claque dans le nez. J’avais beau être pied noir, ce n’étais pas à main armée que j’allais la conquérir! J’ai pu quand même apprendre qu’elle se prénommait Caroline, qu’elle avait mon âge, qu’elle habitait à une rue de ma tanière, qu’elle était étudiante en lettres et qu’elle avait la réputation d’avoir un caractère disons affirmé. J’ai pensé que toutes ces choses ne pouvaient que nous rapprocher! Mais ce soir-là, elle m’a fait un pied de nez et je suis resté la main tendue.

Cela ne pouvait pas durer. Il faut se prendre en main pour trouver chaussure à son pied dit-on. Enfin, moi je le dis. Je me suis donc mis sur le pied de guerre, j’ai enfilé un costume pied de poule comme un homme de main et j’ai fait le pied de grue devant son pied à terre. Elle n’a pas mis le nez dehors pendant 8 jours! J’étais sur les genoux, je ne savais plus sur quel pied danser et j’avais bien besoin d’un coup de main et d’un peu de main d’œuvre. Mais naturellement, au lieu de me prêter main-forte, mes copains m’en rabattaient les oreilles et cette fille finissait par me sortir par les yeux. Je faisais des pieds et des mains pour qu’elle me remarque sans qu’elle ne me jette un seul coup d’œil. Je finissais par croire que j’avais perdu la main!

Jusqu’au jour où elle m’a surpris la main dans le sac. En me tendant sa joue, elle m’a mis le pied à l’étrier et quand elle m’a pris par la main, j’ai sauté à pieds joints dans l’inconnu. Je vous jure pourtant que je n’ai pas utilisé de pied de biche pour lui forcer la main. Il est vrai aussi qu’elle n’a pas vraiment eu besoin de mettre la main à la pâte pour me conquérir. Je me suis retrouvé pieds et poings liés et pendant les deux années suivantes, elle m’a eu à sa main. Nous ne sortions pas de la cuisse de Jupiter, nous ne vivions pas sur un grand pied, mais nous croquions dans la vie à pleines dents et nous étions heureux comme l’on pouvait l’être à Paris dans les années soixante-dix. Nous travaillions d’arrachepied (enfin surtout elle), nous avions les mains libres et nous tenions notre amour à bout de bras.

Cela ne pouvait pas durer. J’avais beau être à ses pieds, en sous mains il me manquait quelque chose. J’ai donc pris mon courage à deux mains et j’ai décidé qu’avant de perdre pied, je devais demander sa main. Au pied levé et en la regardant dans les yeux, je lui ai expliqué qu’elle était dans de bonnes mains, que je voulais mettre mon cœur à ses pieds et une bague à son doigt ce qui nous permettrait de partir d’un bon pied. Je croyais avoir la situation en main mais je me mettais le doigt dans l’œil. En piquant du nez et en détournant les yeux, elle refusa tout net. D’un signe de tête et de main de maître, elle détruisit notre avenir. ‘’Remets-toi’’ me dit-elle cruellement. ‘’On dirait que tu as un pied dans la tombe!’’. C’était comme si la terre s’était ouverte sous mes pieds. Pourtant, après avoir conquis haut la main le chemin de son cœur, j’aurai mis ma tête à couper qu’au pied du mur, elle aurait passé la main. Elle avait fait main basse sur mon cœur, m’avait mis sur un piédestal, je lui mangeais dans la main et malheureusement pour moi, j’avais pris ça au pied de la lettre. Et maintenant elle s’en lavait les mains? Comment pouvait-elle reprendre d’une main ce qu’elle m’avait donné de l’autre? Tout ceci n’était donc qu’un amour de seconde main?

Cela avait assez duré. J’aurais pu tomber à genoux, les mains jointes et lui baiser les pieds. Lui dire que même avec un pied-bot et des mains sales, je l’aimerais encore, enfin peut-être. Mais j’avais les mains liées, un égo imbécile et un cœur à remettre sur pied. Sans doute aussi trop d’amour propre pour un amour devenu sale. Caro m’avait mis à genoux et pour retomber sur mes pieds, je lui ai rendu sa main. J’ai pris ce qui restait de mon cœur et je suis parti une main devant, une main derrière comme l’on dit chez nous. En me jurant bien que la prochaine qui se jetterait à mes pieds, je lui mettrai ma main sur la figure. Ou que je draguerais la copine laide ou au pire, le boy-friend! Et que de toute façon, ce ne serait pas demain la veille! Comme nous l’avons tous dit………

Ce en quoi je me trompais beaucoup, mais ceci est une autre histoire.

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